L’enseignement des langues à l’École Centrale de Lyon

Alain Dougnac

Petit historique sur l’enseignement des langues dans le cadre de la formation des élèves ingénieurs à l’École Centrale de Lyon.

Alain  Dougnac
Enseignant d'anglais, Directeur d'UE, Département Communication Langages Entreprise Sports, (CLES), Ecole Centrale de Lyon Bâtiment D5 36 avenue Guy de Collongue 69134 ECULLY Cedex, alain.dougnac-galant@ec-lyon.fr

Notes de l'auteur

Ce petit historique a été composé par Alain Dougnac, à partir de contributions de Jean-Pierre Trouvé, Bernard Pianet, Jean Rozinoer, Susan Goodacre. Remerciements particuliers à Sylvie Guinamard et au service de la scolarité pour avoir plongé dans les archives de l’ECL à la recherche du passé.

Texte intégral

Pour un élève ingénieur polyglotte

1 L’histoire des langues vivantes se fond dans celle de l’ECL1 : en effet, dès l’origine, les relevés de notes de l’année 1857 (18 étudiants inscrits) incluent déjà des notes d’anglais, et ceux de 1858 mentionnent l’anglais et l’allemand. En 1870, un étudiant étudie et l’anglais et l’allemand.

  • 1  École Centrale de Lyon

Image1

Exemple de relevé de notes d’un élève pour l’année 1857 où figure la mention de l’enseignement de la langue anglaise

Exemple de relevé de notes d’un élève pour l’année 1857 où figure la mention de l’enseignement de la langue anglaise

2Malgré la rareté des documents l’attestant, il est clair que l’anglais et l’allemand sont donc constitutifs de la formation et du diplôme centralien. Le russe les rejoint par la suite, mais à une époque qui n’a pu être déterminée grâce aux archives disponibles.

3Après la seconde guerre mondiale les mutations économiques et industrielles se succèdent. Le déferlement des technologies américaines apportées par le plan Marshall, la création d’un espace européen intégré, l’essor des compagnies multinationales, la mondialisation, le net ont fondamentalement transformé le rôle des langues vivantes dans le travail de l’ingénieur. Il a bien fallu que l’enseignement des langues dans les grandes écoles tienne compte de ces évolutions.

4Au début, il s’agissait surtout de mettre en vitesse les connaissances livresques héritées du secondaire, d’entraîner à la communication orale des bacheliers qui savaient, certes, déchiffrer des pages de Shakespeare ou de Goethe mais étaient bien démunis pour se débrouiller seuls en pays étranger. Lors de l’installation de l’ECL à Écully, la mode était aux laboratoires de langues, ensemble de cabines équipées de magnétophones à deux pistes où on peut entendre des enregistrements pris sur le vif, répéter des phrases, s’enregistrer, répondre à des questions, se réentendre pour contrôler, se corriger, généralement avec l’aide d’un moniteur qui depuis un pupitre-maître, dirige la séance. On multiplie ainsi au centuple le temps de parole auquel peut prétendre un élève moyen dans une classe traditionnelle.

Image2

L’un des premiers laboratoires de langue à 30 cabines individuelles sur le campus d’Écully (photo : fin des années 1960)

Crédits : M. Lombard

L’un des premiers laboratoires de langue à 30 cabines individuelles sur le campus d’Écully (photo : fin des années 1960)

Crédits : M. Lombard

5En débarquant à Écully dans les locaux flambant neufs de l’ECL, les professeurs de langues furent confrontés à ces merveilleuses machines et invités à les faire tourner. Les programmes enregistrés existant alors dans le commerce étaient très insuffisants : certains enseignants entreprirent donc de concevoir des programmes plus adaptés aux besoins et aux différents niveaux de leur auditoire et transformèrent les laboratoires en simulateurs de conversation où pendant l’heure hebdomadaire de travaux pratiques, les élèves ingénieurs se livrèrent désormais à ces séances de musculation linguistiques sous la direction d’assistants lecteurs étrangers. La seconde heure hebdomadaire assurée par des professeurs de lycée était consacrée généralement à l’étude et au commentaire d’articles de journaux ou de textes destinés à familiariser les élèves avec les réalités, l’actualité des pays de la langue étudiée : anglais, allemand ou russe (« les seules langues scientifiques » aux dires de certains).

6On ouvrit ainsi quelques fenêtres sur le monde, mais, faute de coordination pédagogique, le résultat demeurait imparfait. Les professeurs, tous vacataires, étaient peu présents dans l’établissement. La liaison n’était pas toujours assez étroite avec les assistants ou les maîtres de langues, nommés pour un temps limité qui n’avaient pas le temps de confirmer leur expérience. Heureusement, il y eut des exceptions, certains finirent par faire une belle carrière en France.

7L’organisation de l’enseignement des langues resta longtemps l’apanage du directeur adjoint, Roger Riche, qui, pratiquant lui même avec aisance l’anglais et l’allemand, fut l’initiateur des échanges avec les universités étrangères. La première fut la TU2 Darmstadt. Il fut dans cette entreprise très efficacement épaulé par Louis Zilliox, professeur agrégé d’allemand au lycée Ampère, qui, grâce à ses relations nombreuses et son travail persévérant, fut l’artisan inlassable de nombreux autres jumelages dans la région, comme l’ INSA3 de Lyon et la TU d’Aix la Chapelle, Lyon et Francfort-sur-le-Main. Progressivement l’organisation de l’enseignement des langues s’améliora. Les groupes de niveaux s’organisèrent de plus en plus efficacement, l’éventail s’élargit avec le retour de l’espagnol, l’introduction du chinois et du japonais sous la houlette respectivement de Raymond Volland et de Reïko Shimamori. On expérimenta des critères objectifs d’évaluation, grâce aux test de niveau : TOEFL4 et autres pour l’anglais, le Zertifikat et l’examen de la chambre de commerce pour l’allemand, qui allaient servir plus tard de passeports pour la poursuite du cursus des élèves centraliens dans les universités partenaires à l’étranger.

  • 2  Technische Universität
  • 3  Institut National des Sciences (...)
  • 4  Test of English as a Foreign (...)

8Tant bien que mal, l’enseignement des langues à l’ECL tenta de suivre et précéda parfois les « recommandations de la commission du titre d’ingénieur » qui dès 1980 déclarait :

« La Commission croit pouvoir dire, de façon formelle, qu’à notre époque, un ingénieur qui ne sait pas l’anglais, même s’il ne voyage pas, est un infirme. Il en résulte, dans la perspective d’une ouverture sur l’étranger, la nécessité de connaître une deuxième langue. En conséquence, la commission recommande l’apprentissage de deux langues obligatoires dans toutes les écoles d’ingénieurs, dont l’une est nécessairement l’anglais. Pour certaines écoles, orientées vers une vocation internationale, une troisième langue peut être souhaitable. Par ailleurs, pour la seconde langue, le choix proposé devrait être de trois langues au minimum. Le niveau exigé à la sortie de l’école, devrait être, pour l’anglais une excellente maîtrise, pour la seconde langue, une bonne connaissance. »

La naissance d’un véritable service des langues à l’ECL

9Avec le temps, l’enseignement des langues dans le secondaire évolua, les séjours organisés de lycéens à l’étranger se multiplièrent. Les laboratoires de langues de l’école finirent par tomber fréquemment en panne, puis définitivement en ruine. De nouvelles méthodes pour l’enseignement des langues aux adultes furent proposées par de nombreux éditeurs. Les appareils audio-visuels : lecteurs de cassettes, magnétoscopes se multiplièrent, s’individualisèrent et supplantèrent « l’élevage des perroquets dans les batteries des labos ».

10L’heure était enfin venue de doter l’École Centrale de Lyon d’un service de langues étoffé et autonome travaillant en étroite liaison avec le service des relations internationales.

11C’est Jacques Bordet, alors directeur de l’ECL, qui confie à Bernard Pianet cette mission. Bernard Pianet, qui effectuait des vacations à l’ECL depuis 1982 est le premier à être nommé sur un poste de professeur agrégé (PRAG) en 1989. L’enseignement par groupes de niveau est alors systématisé, avec évaluation des étudiants à l’entrée, afin de constituer des petits groupes de travaux dirigés homogènes, seule garantie que l’enseignement dispensé sera efficace pour tous. Dans le même temps, la validation externe du niveau d’anglais grâce au TOEFL est introduite comme condition sine qua non de l’obtention du diplôme. Dans un premier temps la validation s’effectue à 520 (sur 677) puis, grâce à l’élévation générale du niveau des étudiants, la barre monte à 550 points. La mise en place de cette validation permet de mesurer le chemin parcouru : en 1990, le niveau moyen des étudiants de deuxième année soumis au TOEFL est de 550, quinze ans plus tard il dépasse les 600 points. Les étudiants sont également encouragés à étendre ces validations externes aux autres langues qu’ils pratiquent, grâce au ZMP5 en allemand, au CELI6 en italien et au DELE7 en espagnol.

  • 5  Zentrale Mittelstufenprüfung
  • 6  Certificazione della lingua (...)
  • 7  Diplomas de Español como (...)

12Pendant cette dernière période, l’école se dote d’une véritable équipe de permanents de langues : Claudine Chenuet puis Alain Dougnac, en anglais, Patrice Jannel, puis Monika Dommel en allemand, Marie-Jo Trintignac en espagnol, Pierre Oresta en italien sont nommés entre 1989 et 1999 sur des postes de PRAG créés par le ministère, et rejoignent Bernard Pianet, Susan Goodacre et Raymond Volland pour former l’ossature de la nouvelle unité d’enseignement de langues, à l’intérieur du département CLES8. Nombre d’entre eux s’investissent dans les échanges internationaux qui se multiplient avec les pays anglo-saxons, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, la Suède, l’Ukraine, la Russie, la Chine, le Japon, le Brésil.

  • 8  Communication Langages (...)

Image3

Ambiance pendant un cours de Japonais (photo : mai 2000)

Ambiance pendant un cours de Japonais (photo : mai 2000)

13Dans le même temps, l’offre de langues se complète par l’introduction du portugais du Brésil et du français langue étrangère (avec validation externe obligatoire par le DELF9) qui attestent de l’ouverture toujours plus grande de l’école sur le monde extérieur, à la fois en terme de projection des étudiants français et d’accueil des étudiants étrangers.

  • 9  Diplôme d'Études en Langue (...)

14En 1998, les langues, qui étaient auparavant enseignées au premier étage de la bibliothèque migrent vers de nouveaux locaux : au deuxième étage du bâtiment W1. Dix salles de langues sont encapsulées dans un étage qui était auparavant dédié aux ateliers et aux machines. Téléviseurs, matériel audio-visuel, réception satellite, mobilier modulable, offrent à l’équipe pédagogique les moyens les plus modernes pour dispenser son enseignement qui met l’accent sur le développement des compétences de communication en particulier à l’oral, là où le système secondaire français laisse le plus souvent à désirer.

15Aujourd’hui les langues vivantes sont solidement implantées à l’ECL : l’unité d’enseignement de langues gère près de 1600 inscriptions en langues vivantes : la très grande majorité des étudiants travaille deux langues en parallèle pendant les deux années du tronc commun. Les plus motivés peuvent apprendre trois langues et passer jusqu’à dix heures par semaine au deuxième étage du W1 ! Les plus de 7000 heures annuelles d’enseignement en anglais, espagnol, allemand, italien, russe, chinois, japonais, portugais du Brésil, français langue étrangère sont dispensées par dix permanents et une trentaine de vacataires. Les langues vivantes sont plus que jamais perçues comme essentielles à la formation de l’ingénieur dans une économie mondialisée et dans un contexte de métissage culturel.

Notes

1  École Centrale de Lyon

2  Technische Universität

3  Institut National des Sciences Appliquées

4  Test of English as a Foreign Language

5  Zentrale Mittelstufenprüfung

6  Certificazione della lingua italiana

7  Diplomas de Español como Lengua Extranjera

8  Communication Langages Entreprise Sports

9  Diplôme d'Études en Langue Française

Pour citer ce document

Alain Dougnac, «L’enseignement des langues à l’École Centrale de Lyon», Histoire de l'École Centrale de Lyon [En ligne], Au-delà des sciences et de la technique, Mémoire de l'École Centrale de Lyon, mis à jour le : 08/12/2008, URL : http://histoire.ec-lyon.fr/index.php?id=695.