La construction de l’École Centrale Lyonnaise à Écully

Bernard Chamussy

Bernard Chamussy décrit la genèse du projet de campus à Écully et la construction effective de la nouvelle école qui a ouvert ses portes en 1967. Il décrit l’étroite collaboration entre architectes et direction de l’École qui a présidé à ce chantier de longue haleine, depuis la conception architecturale des bâtiments jusqu’au chantier de construction qui a débuté en 1964 et n’était pas terminé lors de l’entrée de la première promotion à l’École.

Bernard  Chamussy
Architecte DPLG

Texte intégral

1 Dans ce texte, j’ai essayé de rassembler mes souvenirs d’il y a plus de quarante années sur l’aventure que j’ai eu la chance de vivre, tout jeune architecte pour la conception et la réalisation de la nouvelle École Centrale de Lyon à Écully. Je ne rentrerai pas dans les détails des évènements et incidents qui émaillèrent le déroulement d’un aussi important projet comme il est bien normal. Ils relevèrent essentiellement du rythme de déblocage des crédits qui ne concordait pas forcément avec la logique d’une bonne marche en avant du chantier. Il faut quand même souligner la rapidité exemplaire d’une réalisation qui de l’élaboration du programme jusqu’à la rentrée de la première promotion n’excéda pas sept années pour une surface de locaux de 56 000 m2. Je n’ai pas non plus à décrire un projet que beaucoup, étudiants, enseignants, membres du conseil, dirigeants, visiteurs, participants à des colloques, connaissent si bien pour y avoir vécu, y bénéficiant des qualités ou devant en supporter les défauts tant ces deux contraires sont inhérents à la nature de prototype propre à tout réalisation architecturale.

Naissance du projet de déménagement

2C’est dans le cours des années 50 que naquit l’idée de quitter la rue Chevreul pour un projet de grande ampleur donnant à l’école un statut national équivalent à celui de l’École Centrale de Paris. Paul Comparat alors directeur, fut du début à la fin la cheville ouvrière du projet.

3Il y eu débat sur la meilleure situation de la nouvelle école : les uns plaidant pour conserver l’intégration en pleine ville, d’autres préférant son insertion dans l’ensemble universitaire de la Doua, d’autres enfin situant le campus de préférence à la campagne.

4Ce sont les services de l’État (alertés par Paul Comparat) qui présentèrent l’opportunité qu’offrait la mise en vente forcée du terrain de Charrière Blanche à Écully, et c’est cette situation qui fut finalement retenue, le trop vaste terrain pouvant parfaitement se diviser en deux, la partie haute serait destinée à l’école, la partie basse avec le château, la plus proche d’Écully serait apte a devenir un important ensemble de logements.

5L’organisation de la maîtrise d’ouvrage et de la maîtrise d’œuvre se mit en place dans l’année 1960.

Maîtrise d’ouvrage : l’éducation nationale.

Maîtrise d’ouvrage déléguée, conducteur d’opération : direction des Ponts et Chaussées (avant de prendre le nom de l’équipement). René Waldman, ingénieur responsable de l’opération.

Équipe d’architectes : Jacques Perrin-Fayolle, architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux, Marc Bissuel architecte dplg 1, Bernard Chamussy architecte dplg, Roger Dérudet, technicien et chef d’Agence.

  • 1  Diplômé Par Le Gouvernement

Bureau d’études techniques : Sud-France-Engineering, ingénieurs : Jean Perrier et Maurice Coppard.

Vérificateur : Robert Bérodot, liaison inter-entreprises : C.L.O.C.

6Le travail sur l’élaboration du programme et du cahier des charges fut considérable. Paul Comparat en fut le principal responsable avec la participation des professeurs et responsables de divisions

7Les services du ministère de l’éducation nationale n’intervinrent pratiquement pas sauf à préciser un certain nombre de normes concernant plus particulièrement la partie résidences et foyer restaurant ainsi que pour les installations sportives. Par exemple, la fameuse trame de 1m75 imposée pour tout projet scolaire ne fut pas utilisée.

8Le travail théorique engagé sur le programme par la direction de l’école et son corps enseignant fut accompagné de nombreuses réunions et interviews sur demande des architectes et ingénieurs ainsi que des visites de réalisations exemplaires. Il était largement suggéré que, bien que correspondant parfaitement à l’enseignement tel qu’il était dispensé à l’époque, les bâtiments et équipements devaient être absolument prêts à servir l’avenir et ses évolutions.

Un campus se dessine sur le site d’Écully

9La première visite du terrain, alors que l’État n’en était pas encore propriétaire se fit clandestinement un jour d’hiver, sous la neige, par Paul Comparat et Bernard Chamussy après l’escalade d’un mur. La partie du terrain destinée à l’école se présentait comme un vaste espace de prairie orientée vers l’est et entourée de deux côtés par une petite forêt. À l’ouest au delà des bois un autre espace de prairie était disponible.

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Photographie aérienne du site de l’École Centrale de Lyon d’Écully, avant construction

Photographie aérienne du site de l’École Centrale de Lyon d’Écully, avant construction

10Il fallait d’abord établir le plan de masse et la première question qui fut débattue fut celle de la compacité ou de la composition pavillonnaire. Le vent de l’époque qui soufflait depuis les campus Américains fit pencher la balance en faveur de cette dernière disposition avec les arguments de la souplesse d’évolution, de la sécurité incendie et ...de l’hygiène, les étudiants devant marcher et prendre l’air entre les cours !

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Maquette du campus de l’École Centrale de Lyon sur Écully

Maquette du campus de l’École Centrale de Lyon sur Écully

11Il fallait maintenant dessiner ; c’est l’équipe Bissuel-Chamussy qui tint principalement le crayon avec de nombreuses séances de travail avec Jacques Perrin-Fayolle qui prodiguait ses conseils et faisait bénéficier l’équipe de son talent et de son expérience de la Doua.

12Il faut savoir qu’entre les architectes des deux agences différentes, il n’y eu jamais le moindre conflit et que tout le long de l’opération l’ambiance fut des plus constructives et des plus amicales. Il en fut d’ailleurs de même avec René Waldman et les ingénieurs du Bureau d’Études.

13Le principe de construction qui fut adopté dans le consensus général respectait parfaitement le paysage du site dans la mesure ou les volumes constitués par les bois, et qui généraient le vaste espace central que l’on voulait absolument conserver seraient remplacés en partie par les volumes des bâtiments. Le paysage d’origine serait ainsi reconstitué. Le bois sud fut intégralement conservé.

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Photographie aérienne du site de l’École Centrale de Lyon d’Écully, après construction

Photographie aérienne du site de l’École Centrale de Lyon d’Écully, après construction

14L’espace réservé aux installations sportives était entouré par la bibliothèque, l’administration, l’enseignement théorique, ainsi que par le foyer restaurant et les résidences. Sur la partie ouest se développaient les laboratoires et les ateliers.

15Les études d’avant projet se situèrent dans les années 1961 et 1962 et furent présentées au ministère des affaires culturelles, rue de Valois devant la commission des bâtiments civils. Après accord les études se poursuivirent jusqu’aux appels d’offre organisés par les Ponts et Chaussées entre 1964 et 1965.

La conception architecturale du campus

16Concernant la conception architecturale (le design) on peut dire que les bâtiments furent dessinés dans l’esprit d’une grande franchise et d’une grande rigueur, la modération des façades utilisant avec contraste le ciment blanc qui était à l’époque un matériau nouveau, le gris sombre des ardoises et la pierre blanche des pignons. Cette architecture sans gesticulation, avec une grande unité des matières et des couleurs est typique des années 60, la grande variété des formes des bâtiments répondant à leur vocation spécifique évitant toute monotonie.

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Type de façade rencontrée sur les bâtiments de l’École Centrale de Lyon

Type de façade rencontrée sur les bâtiments de l’École Centrale de Lyon

17Les laboratoires, quelle que soit leur discipline, devaient posséder une typologie identique permettant toute évolution. Quant aux ateliers le parti fut pris de construire de vastes parapluies sans point d’appui, avec éclairage zénithal, sous lequel les dispositions de locaux ou d’équipement pourraient se transformer ou même disparaître suivant l’avancée des technologies. Ce parti pris s’avéra judicieux puisque sans transformation de l’enveloppe des bâtiments, il ne reste actuellement plus rien à l’intérieur de ce qui avait été édifié il y a quarante ans.

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Photographie prise pendant la construction des ateliers

Photographie prise pendant la construction des ateliers

Le chantier en construction

18Le chantier débuta en 1964. Il fut dirigé par l’équipe composée de Bernard Chamussy, Roger Dérudet avec les ingénieurs de Sud France Engineering et sous le contrôle des ingénieurs et techniciens des Ponts et Chaussées.

19Ce fut d’abord le ballet des scrapers qui devaient abattre les arbres, modeler le terrain et préparer les plateformes des bâtiments avant creusement des fondations. La nature argileuse du terrain ne facilita pas leur tâche.

20Dès que la plate-forme du stade fut réalisée, les deux entreprises de maçonnerie adjudicataires, Stribick et Grosse, édifièrent une véritable usine de préfabrication car, et l’architecture s’y prêtait, cette technique de construction fut adoptée pour l’ensemble des bâtiments en ce qui concerne les planchers et les façades. Une cantine fut édifiée dans le bas du terrain à disposition de tous les ouvriers ou participants au chantier.

21Même si le planning de financement déterminait les tranches de travaux, le chantier se déroula pratiquement sans interruption jusqu’à la rentrée de la première promotion en 1967. Il se termina par les dernières résidences dont quatre furent réalisées sur les six de prévues au plan masse.

22Deux autres résidences furent construites par la SONACOTRA dans le début des années 90. Quant aux premières résidences elles furent réhabilitées et remises aux normes vers la fin des années 90.

23Pour toutes opérations de construction de l’éducation nationale, le budget prévoyait 1% du coût pour l’intégration d’œuvres d’artistes. C’est ainsi qu’une tapisserie tissée à Aubusson sur un carton de Férreol fut suspendue au mur du fond du restaurant et qu’une sculpture en pierre de Bourgogne représentant une sphère déstructurée (certains ont dit : un cerveau de centralien!) fut installée devant le bâtiment d’enseignement théorique.

24Naturellement les évolutions du projet pédagogique ainsi que les progrès de la technologie réclamèrent des modifications importantes à l’intérieur des bâtiments, par exemple le réaménagement complet des trois grandes salles de dessin situées au dessus des amphithéâtres, devenues obsolètes avec l’arrivée des ordinateurs. Si certaines modifications furent regrettables comme l’installation d’équipements techniques sur la terrasse du bâtiment d’enseignement théorique sans aucun traitement architecturale, nous devons saluer particulièrement la remarquable intervention d’un confrère sur le réaménagement complet de la bibliothèque.

Le campus d’Écully : une aventure heureuse

25L’aventure de la construction de l’École Centrale de Lyon fut une période extraordinaire pour toute notre agence, particulièrement pour le jeune architecte que j’étais, (j’avais 28 ans à la signature du contrat) et je rends ici un hommage chaleureux à mes deux regrettés confrères et amis Marc Bissuel et Jacques Perrin-Fayolle qui nous ont quittés, emportés trop tôt par la même cruelle maladie. Je les remercie de cette période de collaboration sans nuage et de la confiance qu’ils m’ont accordé pour la part importante que j’ai pu prendre dans cette réalisation, avec Roger Dérudet, Jean Perrier et ses ingénieurs.

26La conduite et le contrôle de l’opération par les Ponts et Chaussées sous la direction de René Waldman furent menés dans un esprit dynamique de service en l’absence de tout caractère tatillon

27En terminant cette petite histoire, je pense évidemment à Paul Comparat qui fut l’âme de cette réalisation. La qualité des relations que nous avons entretenues avec lui pendant huit années s’explique par ses immenses qualités humaines ainsi que par sa capacité à réaliser avec clarté et esprit de décision la synthèse entre le présent et l’avenir d’un projet pédagogique en perpétuelle évolution.

Notes

1  Diplômé Par Le Gouvernement

Pour citer ce document

Bernard Chamussy, «La construction de l’École Centrale Lyonnaise à Écully», Histoire de l'École Centrale de Lyon [En ligne], 150 ans d'histoire d'une institution, Mémoire de l'École Centrale de Lyon, mis à jour le : 01/12/2008, URL : http://histoire.ec-lyon.fr/index.php?id=749.