Une nouvelle École à Écully : conception et usage

Gilbert Olivari

Gilbert Olivari traite de la conception architecturale du campus de l’École Centrale de Lyon à Écully en la replaçant dans le contexte de l’époque, et s’intéresse aux usages, pas toujours conformes aux projets initiaux, qui ont été faits des bâtiments.

Gilbert  Olivari
Maître de conférences honoraire de l'École Centrale de Lyon, ancien directeur du département de génie civil.

Texte intégral

1 De façon générale, la construction de l'École Centrale de Lyon à Écully n'a pas posé de problème particulier et seules quelques anecdotes méritent d'être évoquées, la rencontre d'une galerie d'origine probablement romaine sous les fondations du foyer-restaurant n'étant qu'un incident de chantier sans conséquences.

2À l'époque, jeune ingénieur sortant de l'ENPC1 je faisais partie du BET2 Sud France Engineering qui était maître d'œuvre conjoint et solidaire avec l'équipe d'architectes Bissuel et Chamussy. Les entreprises de gros-œuvre adjudicataires du marché de construction étaient l'entreprise Léon Grosse et l'entreprise Stribick dont l'atelier de préfabrication occupait l'emplacement actuel du stade. Le programme avait été établi avec l'active collaboration du directeur Paul Comparat et des professeurs titulaires de l'époque.

  • 1  Ecole Nationale des Ponts et (...)
  • 2  Bureau d'Etudes Techniques

Une conception originale qui n'a pas eu le développement prévu

3Dès la conception, le développement futur de l'école était prévu. La préfabrication ayant été largement utilisée, tant pour l'ossature des bâtiments que pour certains équipements, deux sortes de développements étaient envisagés : vertical et horizontal. C'est ainsi que les structures en béton armé de certains laboratoires moins élevés, par exemple celui de métallurgie, avaient été conçues pour pouvoir envisager dans le futur la construction de nouveaux étages de manière à les mettre au niveau des bâtiments plus élevés tels que le laboratoire d'électronique. De même, l'implantation des laboratoires de type ateliers (suivant la nomenclature de l'époque où les élèves étaient astreints à un nombre non négligeable de TP3 sur machines-outils), constitués de panneaux en béton préfabriqués montés sur charpente métallique, était telle qu'en principe deux bâtiments voisins pouvaient dans le futur être facilement réunis pour n'en former plus qu'un. Ces possibilités restées méconnues n'ont pas été utilisées.

  • 3  Travaux Pratiques

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Panneaux en béton préfabriqués en cours d’installation sur un des bâtiments de l’actuel LTDS4 (1967)

Panneaux en béton préfabriqués en cours d’installation sur un des bâtiments de l’actuel LTDS4 (1967)

  • 4  Laboratoire de Tribologie et de (...)

4Concernant l'équipement des laboratoires, les paillasses en béton étaient prévues démontables, et à ma connaissance, cette possibilité n'a été utilisée que pour certaines d'entre elles actuellement au rez-de-chaussée du bâtiment génie civil, que l'on pourrait qualifier de paillasses voyageuses puisqu'elles étaient initialement dans le bâtiment de métallurgie, sont passées ensuite dans le bâtiment de mécanique pour arriver finalement en génie civil, où elles ont migré du 1er étage au rez-de-chaussée, suivant les déménagements successifs de l'équipe de TP de résistance des matériaux.

Des conséquences de l'utilisation des locaux non conforme aux prévisions

5L'utilisation de locaux non conforme aux prévisions a eu quelques conséquences certes désagréables mais sans gravité. C'est ainsi que lors de la conception du bâtiment foyer-restaurant, j'avais dû procéder à quelques « acrobaties techniques » (aciers comprimés, surdosage du béton) pour arriver à satisfaire les exigences de l'architecte et concilier la hauteur qu'il souhaitait pour les poutres consoles de la mezzanine avec les surcharges imposées et leurs portées. Étant plus tard en fonction à l'école, j'ai eu longtemps des inquiétudes en sachant que contrairement à ce qui était prévu (locaux à surcharge courant de 250 daN/m²), les dalles des mezzanines supportées par ces consoles, correspondaient à l'imprimerie du service des cours et recevaient des charges bien plus élevées que prévu. C'est donc sans surprise que j'ai ensuite été consulté lorsque ces poutres se sont fissurées !

6De même, le bâtiment de mécanique des vibrations comportait deux parties : l'une sur terre-plein, l'autre sur sous-sols, ce qui impliquait l'existence d'un mur de sous-sol formant soutènement en limite de la zone sur terre-plein. Des machines lourdes, non prévues au programme initial, ayant été implantées dans celle-ci, à peu de distance du joint de construction, donc en tête de ce mur, ont entraîné une flèche de ce dernier, suffisante pour provoquer des désordres par soulèvement du carrelage du plancher sur sous-sol, qui avaient provoqué la perplexité des utilisateurs.

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Photographie prise pendant la construction des ateliers

Photographie prise pendant la construction des ateliers

Des conséquences de l'évolution imprévue de l'enseignement

7Lors de l'établissement du programme de construction, le développement de l'enseignement des langues vivantes avait été sous-estimé. Une fois dans les lieux, la mode étant alors à l'installation de laboratoires de langues, on s'aperçut qu'aucun local n'avait été prévu à cet effet. Les laboratoires de langues ainsi que des salles de classe ont donc été installés au premier étage de la bibliothèque dont le plancher avait été conçu pour supporter des surcharges lourdes (400 daN/m²), et donc surdimensionné pour cette utilisation, la bibliothèque, quant à elle, ayant dû pendant de nombreuses années, se contenter du rez-de-chaussée, prévu à l'origine pour l'accueil et le stockage des archives5.

  • 5  Voir : Martine Mollet, «Une (...)

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Le bâtiment de la bibliothèque sur le campus d’Écully (fin des années 1960)

Le bâtiment de la bibliothèque sur le campus d’Écully (fin des années 1960)

Des conséquences des économies imposées par le ministère

8Alors que les marchés étaient prêts à être lancés, des économies drastiques ont été imposées en dernière minute à l'équipe de concepteurs. Si les conséquences les plus visibles sont les fissurations quasi-systématique des cloisons dont l'épaisseur avait été diminuée, la conséquence la plus cocasse est celle que l'on pourrait appeler l'amphithéâtre fantôme, initialement prévu entre le bâtiment réservé aux salles de TD6 (anciennement B1bis) et le bâtiment électronique. L'accès à cet amphithéâtre de 100 places, supprimé par économie, et que tout un chacun ignorait, devait se faire par le rez-de-chaussée du bâtiment B1bis, et dans l'espoir quelque peu naïf que cet amphithéâtre serait un jour réalisé, le mur du bâtiment, sous la volée d'escaliers, n'avait pas reçu d'enduit, ce qui, à l'époque, a du en intriguer plus d'un, voyant ces briques nues à l'entrée d'un bâtiment flambant neuf. Les temps ayant changé, et la CAO7 ayant remplacé le dessin industriel, lorsque la nécessité impérative d'un mini-amphithéâtre s'est fait sentir, c'est à l'étage du bâtiment d'enseignement principal, à la place de salles de dessin, que celui-ci a finalement trouvé place.

  • 6  Travaux Dirigés
  • 7  Conception Assistée par (...)

En guise de conclusion (et de conseils aux futurs concepteurs de bâtiments à finalités technologiques)

9Beaucoup de temps a passé depuis la construction de l'école qui a été conçue à une époque où l'on se servait encore de la règle à calculs. Il est intéressant cependant, de noter que la structure du foyer restaurant a été calculée sur ordinateur avec la collaboration de M. Levenq (qui par la suite à été professeur de statistiques à l'école). Le programme qu'il avait adapté et qui nous soulageait des fastidieux calculs de structures par la méthode de Hardy-Cross était à l'époque l'un des premiers utilisés à Lyon. L'expérience que j'ai vécue en tant que membre de l'équipe d'ingénierie (on parle aujourd'hui d'engineering), puis en tant qu'utilisateur des locaux, suggère qu'il est vain de vouloir livrer des bâtiments d'enseignement pratique et a fortiori des laboratoires de recherche, équipés. À quelques exceptions près telles que, par exemple, le bâtiment des machines thermiques pour lesquels les cellules d'essais de moteurs avaient été conçues suivant les conseils d'Auguste. Moiroux, à l'époque professeur de cette discipline, beaucoup de temps et d'énergie ont été dépensés inutilement pour concevoir des installations qui n'ont jamais été utilisées par la suite pour diverses raisons liées à l'évolution des techniques et au changement progressif du corps enseignant (modification des enseignements, orientation différente des programmes de recherche, ou parfois manque de crédits ou de personnel pour permettre le fonctionnement initialement envisagé, tel que par exemple le laboratoire « béton » du bâtiment génie civil).

10Il serait bien préférable, et en fin de compte moins coûteux, de livrer aux futurs utilisateurs des bâtiments nus à l'intérieur modulable, que les équipes d'enseignement et de recherche pourraient adapter en fonction de leurs besoins réels, en leur attribuant bien entendu en temps utile, des crédits ad hoc.

11C'est la conclusion que je tirerais des longues années passées à l'école après avoir modestement participé à sa construction à Écully, en constatant par comparaison avec d'autres bâtiments analogues du même âge, qu'elle a finalement fort bien supporté les outrages du temps.

Notes

1  Ecole Nationale des Ponts et Chaussées

2  Bureau d'Etudes Techniques

3  Travaux Pratiques

4  Laboratoire de Tribologie et de Dynamique des Systèmes

5  Voir : Martine Mollet, «Une nouvelle bibliothèque pour l’École Centrale de Lyon : la bibliothèque Michel serres», [En ligne], Au-delà des sciences et de la technique, Mémoire de l'École Centrale de Lyon, Disponible sur : <  http://histoire.ec-lyon.fr/index.php?id=725 > (Consulté le 01/11/2008)

6  Travaux Dirigés

7  Conception Assistée par Ordinateur

Pour citer ce document

Gilbert Olivari, «Une nouvelle École à Écully : conception et usage», Histoire de l'École Centrale de Lyon [En ligne], 150 ans d'histoire d'une institution, Mémoire de l'École Centrale de Lyon, mis à jour le : 01/12/2008, URL : http://histoire.ec-lyon.fr/index.php?id=965.